Folcoche, Emilie Lanez
- Genovefa
- 20 nov. 2025
- 2 min de lecture

Quiconque a lu « Vipère au poing » d’Hervé Bazin, roman autobiographique, se souvient du récit poignant de son enfance martyre sous la férule de sa mère Paule, surnommée « Folcoche ». Une femme cruelle qui a frappé, humilié, affamé et privé de tout confort ses trois fils.
Publié chez Grasset en 1948, le roman, présenté comme le livre d’un survivant de l’enfer domestique, est un véritable succès littéraire qui sera traduit dans plus de trente pays, sera étudié par plusieurs générations de collégiens et fera l’objet d’adaptations pour la télévision et le cinéma.
Mais qui était « Folcoche », cette mère terrifiante, cette ogresse « aux deux seins acides » ? Emilie Lanez, grand reporter à « L’Express », a mené une enquête en puisant dans les archives familiales, policières et judiciaires. Elle a ainsi découvert qu’il existe un « grand trou », « un mystère » dans la biographie officielle d’Hervé Bazin, la période entre 1935 et 1948. Aurait-t-il tenté de cacher des informations ?
La réponse est édifiante.
Avant d’être un écrivain célèbre, Jean Hervé-Bazin (à l’état civil) a été un enfant fugueur, renvoyé de tous les collèges. Adolescent, il vole dans les bijouteries, escroque, trafique, menace, cambriole (entre autres la demeure de ses parents), et fabrique de faux papiers, de faux mandats.
C’est un délinquant.
Interné à plusieurs reprises en hôpital psychiatrique, il est diagnostiqué comme « mythomane, cleptomane et atteint de déséquilibre mental », par certains médecins, de «psychopathe constitutionnel atteint de dégénérescence mentale » par d’autres. Après chaque internement, il parvient à s’évader après avoir volé tout ce qu’il trouve.
En 1941, jugé pour la première fois juridiquement responsable, il est condamné à quatre ans de prison.
C’est alors que ses parents prennent une décision radicale : leur fils Jean Hervé-Bazin, qui constitue une menace pour leur possession et leur nom, est placé sous interdiction judiciaire et, donc, privé de sa part d’héritage. Libéré en 1944 (il s’inventera une activité de résistant, autre mensonge), il décide de se venger en écrivant « Vipère au poing » afin de punir sa mère, en la décrivant comme une ogresse.
La gloire de Hervé Bazin, élu membre de l’académie Goncourt en 1960, dont il deviendra président en 1973, a été construite sur des mensonges accablant ses parents pour se disculper de ses méfaits. « Vipère au poing est la construction perverse d’un manipulateur, l’œuvre maléfique d’un mystificateur mal aimé et amputé de sentiments ».
Ce qui est étrange, souligne l’auteure, est qu’aucun journaliste à l’époque n’a eu la curiosité d’en savoir plus sur cet auteur – cet imposteur - courant les plateaux de télévision, collectionnant décorations et titres. Pourtant, les articles de presse relatifs à ses diverses inculpations ne datent que de quelques années. Son dernier procès pour vol date de 1946, soit deux ans avant la publication de « Vipère au poing ». Une telle amnésie stupéfie.
Editions Grasset, 2025
A propos de l’auteure
Journaliste à « L’Express », Emilie Lanez est l’auteure, entre autres, de « Même les politiques ont un père » (2015) et « La Garçonnière de la République » (2017)





Commentaires