Le Courant d’air, Catherine Ryan Howard
- Genovefa
- 27 août 2025
- 3 min de lecture

Agent de sécurité dans un supermarché de la région de Cork, après vingt ans passés dans la police, Jim Doyle, la soixantaine, découvre avec stupeur au rayon papeterie un livre au titre accrocheur : « Le Courant d’air. Une survivante en quête de vérité ».
L’auteure, Eve Black, ne lui est pas inconnue. La dernière fois qu’il l’a entrevue, elle avait douze ans et se tenait sur le palier du premier étage de son domicile familial, alors qu’il venait d’assassiner son père, sa mère et sa petite sœur Anna âgée de 7 ans. Le Courant d’air est le surnom dont l’avait affublé la presse à l’époque, car il ne laissait dans son sillage ni cheveux ni empreintes digitales, et il n’a donc jamais été arrêté.
Pris de panique, Jim se procure le bouquin, qu’il lit en cachette dans l’appentis du fond de son jardin, pour ne pas éveiller les soupçons de sa femme, afin de découvrir si la fillette avait conservé des souvenirs de leur bref face-à-face, susceptibles de l’identifier.
Eve, seule survivante du massacre de sa famille, raconte dans son livre les événements survenus lors de cette nuit d’horreur et la difficulté de surmonter son traumatisme, mais elle décrit également le déroulement des autres viols et meurtres commis par ce serial killer durant deux ans. Huit victimes. Et puis, le tueur s’est définitivement évaporé dans la nature.
Fruit d’une enquête minutieuse, les faits relatés abondent de détails sur le mode opératoire du Courant d’air – les appels anonymes ou menaçants, un morceau de corde bleue et un couteau dissimulés sous le coussin d’un canapé, prouvant que l’assassin s’était introduit chez ses victimes durant leur sommeil avant de les agresser en portant une cagoule -, dont certains n’avaient jamais été divulgués par la presse.
Mais ce qui terrorise Jim est son message : « Autrefois, j’ai été la fille qui a survécu au Courant d’air. Aujourd’hui, je suis la femme qui va l’identifier ».
Lorsque Eve Black, dont le livre est devenu un best-seller, est invitée à le dédicacer dans une librairie, Jim décide de s’y rendre. Pour l’observer, pour s’assurer qu’elle ne l’a pas démasqué. En dépit de tous les moyens mis en place par la police pour l’identifier, cette femme ne pouvait rien contre lui. Sauf qu’au cours de l’interview précédant la signature, elle déclare : « N’allez pas croire que mes recherches se sont arrêtées avec la publication de ce livre. Je lui mettrai la main dessus ».
Dès lors, Jim est convaincu qu’en ayant toutes les pièces en main, elle finira immanquablement par reconstituer le puzzle, d’autant plus qu’elle bénéficie de l’aide de l’inspecteur qui avait mené l’enquête lors de l’assassinat de tous les membres de sa famille. De plus, il est persuadé que même si elle n’a eu aucune réaction en croisant son regard, Eve Black l’a reconnu dans la librairie.
Le Courant d’air doit préparer son plan avec le plus grand soin, comme il l’a toujours fait. Il doit agir. Et vite.
Un thriller très original dans la mesure où l’identité du tueur en série est dévoilée dès les premières pages et que ce dernier est traqué par une survivante de ses crimes. L’intrigue est surprenante et la tension s’intensifie au fil des pages. Deux questions tiennent le lecteur en haleine : a-t-elle oui ou non reconnu l’assassin et pourquoi ce dernier l’a-t-il épargnée la nuit où il a massacré toute sa famille ?
A travers le récit poignant de cette femme meurtrie, l’auteure en profite pour tordre le cou à certains mythes sur les serial killers qui, il faut le reconnaître, suscitent une certaine fascination. Elle rappelle que ces individus sont souvent mariés avec des enfants, ont un emploi et une vie sociale. Ce sont dans la majorité des cas des hommes d’une banalité affligeante, des ratés qui ont une vie de couple médiocre et qui exercent un métier sans intérêt. Et qui finissent par être arrêtés parce qu’ils ne sont pas particulièrement intelligents. Le seul trait marquant de ces tueurs est qu’ils ont commis des actes monstrueux. Et, précise-t-elle, ce sont des victimes que nous devrions nous souvenir.
Editions l’Archipel, 2025
Titre original : « The Nothing Man »
Traduit de l’anglais (Irlande) par Sebastian Danchin.
A propos de l’auteure
Catherine Ryan Howard a publié huit romans vendus à plus de 250 000 exemplaires en langue anglaise et traduits dans dix-huit pays. Trois d’entre eux, dont « Le Courant d’air », se sont classés n°1 des ventes en Irlande. Ses livres, pour lesquels elle a remporté de prestigieux prix dont ceux décernés par la Crime Writers Association, ont figuré sur les listes des meilleurs thrillers de l’année du New York Times, du Washington Post et du Sunday Times.





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